Lectures de l’été, #1: le Guide nutritionnel vegan, de Sonja Reifenhäuser.

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Pour ce premier « épisode », j’ai choisi le Guide Nutritionnel Vegan de Sonja Reifenhäuser. Si jamais vous vous posiez la question, il n’y a pas de raison particulière à ce choix, et aucun ordre défini à l’enchainement des titres pour mes lectures de l’été.

Avant de commencer, notons que:

  • Je n’ai pas la science infuse et je ne prétends pas pouvoir faire mieux que les personnes qui ont écrit les livres que je vais décortiquer. Par contre, j’ai une formation solide, beaucoup d’heures de recherches derrière moi, et je n’aime pas du tout qu’on me raconte des craques.
  • J’analyse le produit final, et je relève les points pour lesquels il me semble important d’apporter un éclaircissement, ou pour lesquels il me semble que la relecture avant publication n’a pas été suffisante.
  • Mon but est d’offrir aux personnes qui s’interrogent sur le végétalisme ou le végétarisme une vision claire de ce qui existe en termes de «guides végé», et le recul nécessaire pour faire des choix informés. 
  • Votre opinion peut différer de la mienne, et c’est tout à fait sain. Si vous souhaitez l’exprimer, la section des commentaires est faite pour ça, et n’oubliez pas de citer vos sources 🙂

S’il y a une chose qu’il me semble essentiel de garder à l’esprit quand vous lirez ces articles, c’est celle-ci: je suis moi-même végétalienne, et mon but n’est absolument pas de «descendre» les bouquins que je vais analyser. Je suis ravie que des gens écrivent sur le sujet, car cela rend accessible le mode de vie végane, ou au moins l’alimentation végétarienne, à un plus large public. Cependant, pour que notre mode de vie se démocratise et se répande, autant auprès du grand public que des institutions et des professionnels de santé, il est d’une importance capitale que nos arguments reposent sur des faits scientifiques avérés et non sur des croyances. C’est pourquoi, vu la masse d’information et de désinformation disponible sur le sujet, j’ai choisi de mettre à contribution ma formation de diététicienne et mon temps libre pour décortiquer et analyser un maximum d’ouvrages sur le sujet. Soyons de bons défenseurs de notre mode de vie, ne nous laissons pas séduire par la facilité, et présentons nos arguments avec tact, bienveillance, et des sources scientifiques sérieuses.

Bonne lecture 🙂

Entrons maintenant dans le vif du sujet. Pour commencer, du jugement à la tronche bien subjectif.

  • La couverture: c’est mignon, avec des jolies couleurs un peu fifille. Pas mon style mais pourquoi pas. La version allemande du bouquin est beaucoup plus neutre. On peut noter une petite incohérence entre l’illustration qui montre, entre autres, une brique de «boisson amande» et le texte (encart page 42), qui indique bien les exceptions légales concernant l’usage du terme «lait». L’amande en fait partie.
    Sous les rabats, on trouve des chouettes infos: à l’avant une pyramide alimentaire vegan. Sous le rabat arrière, on a deux tableaux. Un qui récapitule les apports nutritionnels conseillés en macronutriments, vitamines et minéraux, et l’autre qui liste les additifs alimentaires non-végétaux. Vu le nombre d’additifs actuellement autorisés dans l’UE, il en manque certainement, attention donc quand vous lisez les étiquettes, il est peu probable que cette liste soit exhaustive.
  • L’objet-livre: du fait de son format super compact, le livre est plutôt agréable à avoir entre les mains. Les pages sont en papier recyclé (cool!) et il est suffisamment épais pour rendre la lecture agréable. La qualité de l’impression est tout à fait satisfaisante pour moi (pas de pages toutes claires difficiles à déchiffrer). L’imprimeur est labellisé pour ses pratiques respectueuses de l’environnement (double cool!). Honnêtement, je n’ai aucune idée de ce que cela implique en termes de pratiques professionnelles, mais l’idée me plait.
  • L’auteur. Est-ce parce que l’auteur est allemande et peu voire pas connue en France que son nom ne figure pas sur la couverture? Pas cool. Quoi qu’il en soit, j’aime bien savoir à qui j’ai affaire, donc j’ai fait ma petite recherche. Ne parlant pas allemand, je n’ai réussi à extraire de son site que des informations succinctes. Sonja Reifenhäuser (SR pour la suite) est une «thérapeute nutritionnelle» avec une approche liée au «Jin Shin Jyutsu», «art qui vise à harmoniser l’énergie vitale du corps». Soit.
  • Editeur ou collection. La Plage! Je suis généralement confiante quand j’achète un bouquin de chez La Plage. La plupart sont beaux, et le contenu est à la hauteur. On verra si celui-ci est dans la même lignée.
  • 4e de couverture: Simple et efficace, la quatrième de couverture reprend la même illustration que l’autre face, et présente par le menu le contenu du livre.
  • Le style: Le livre est traduit de l’allemand. La traduction est plutôt plaisante à lire, rien ne m’a particulièrement sauté aux yeux à ce sujet. On peut noter la présence de petits encarts «Infos» ou «Important», qui mettent en valeur certains éléments.

 

Passons maintenant aux choses sérieuses.

  • Les références. C’est le méga point noir du bouquin: il n’y en a quasiment aucune. C’est dommage.
  • Le contenu.

1. Introduction

Deux textes de référence dans le domaine de l’alimentation végétale sont cités dans les premières pages du livre: l’enquête Campbell aussi connue sous le nom de «The China Study», et le rapport de l’Association américaine de diététique sur les alimentations végétariennes et végétaliennes. Si ces deux textes sont tout à fait intéressants pour soutenir la validité de l’alimentation végétale, ils ne constituent pas une source suffisante pour toutes les affirmations du livre…

2. «Le point sur nos besoins en nutriments»

  • Généralités

En l’absence de référence sur l’origine des chiffres, je suppose que les valeurs nutritionnelles conseillées (page 16) correspondent aux recommandations allemandes. Ne parlant toujours pas allemand, je ne peux pas aller vérifier.

Grosso modo, les chiffres sont dans les mêmes ordres de grandeur que les recommandations françaises.

  • Les lipides

SR nous indique pour les lipides une recommandation à 30% des apports énergétiques quotidiens (tableau page 16). Les recommandations françaises préconisent à l’heure actuelle des apports en lipides compris entre 35 et 40% des apports énergétiques de la journée.

Mais, me direz-vous, 30% ou 35%, qu’est-ce que ça change? Pour les aspects purement techniques, vous pouvez vous reporter au rapport de l’ANSES sur les apports nutritionnels conseillés pour les acides gras, qui détaille très bien le pourquoi de ces recommandations. Pour une application concrète, poursuivons avec Diego, mon ami imaginaire, qui de manière tout à fait pratique, a besoin de pile-poil 2000 kcal par jour 🙂

Pour Diego, 30% de lipides, ça fait 600 kcal, soit 67g de lipides, c’est à dire 67g de gras. En termes culinaires, voilà ce que cela représente. Les valeurs nutritionnelles citées viennent soit de l’emballage du produit, soit de la table de composition des aliments CIQUAL.

    • Une portion de 15g de margarine de type Saint Hubert bio: 8,7g de lipides
    • Deux cuillères à soupe d’huile (2x15g): 30g de lipides
    • Un demi avocat (environ 100g): 16g de lipides
    • Une petite portion de noix du Brésil (15g): 10,2g de lipides
    • -> Total: 65g de lipides.

A deux grammes près, les 30% sont atteints. Mais attention, ce petit calcul suppose qu’aucun autre aliment de la journée ne contient de grandes quantités de lipides. Même si les aliments de base d’une alimentation végétale (fruits, légumes, céréales, légumineuses) sont relativement peu gras, ils en contiennent tout de même un petit peu. Il est donc très facile de dépasser les 30%, sans pour autant faire des orgies de frites. Et à moins de faire très attention à ses apports en lipides, par exemple pour des raisons de santé, une telle restriction n’est pas nécessaire.

Voici maintenant quelques exemples d’aliments à rajouter à la liste précédente pour atteindre dans la joie et le gras les 35%, soit 78g de lipides par jour (ajoutez un élément à liste précédente), voire même les 40% de lipides, soit 89g de lipides par jour (ajoutez-en deux!).

    • 20g de graines de sésame
    • 20g de purée d’amandes complètes
    • 25 g de chocolat noir 70%
    • 30g de Kokolo
    • 2 ou 3 biscuits fourrés au chocolat de chez Moulin du Pivert.

Aparté diététique: Et si vous avez mangé toute la liste aujourd’hui? Eh bien ma foi, c’est pas bien grave, vous mangerez plus de légumes demain… L’équilibre alimentaire ne se construit pas sur un repas ou sur une journée. Visez un ensemble cohérent sur la semaine, et si vous voulez dégommer un paquet de biscuits fourrés en un seul goûter, appréciez, déculpabilisez, et passez à autre chose. L’essentiel est de choisir en majorité des sources de lipides intéressants: huile de lin et d’olive, noix et graines diverses, par exemple, et de garder les grandes débauches de produits gras pour des occasions spéciales, et occasionnelles.

Bref. Tout ça pour dire, 30% de lipides, ça fait léger, surtout si on n’a pas de raison médicale de limiter les lipides.

  • Autre point tant qu’on parle de gras: la question de l’huile de coco.

Extrait de la page 20 : «Quant à l’huile de coco, elle occupe une place à part parmi les corps gras. En dépit de sa teneur en graisses saturées et malgré des préjugés tenaces, il s’agit de l’un des corps gras les plus sains que la nature nous ait donné. (…) Non content de piéger les radicaux libres, l’acide laurique contenu dans l’huile de coco stimule le métabolisme, aidant ainsi à brûler davantage de graisses

Par où commencer? Bon comme d’habitude, j’aurais aimé avoir quelques liens vers les études qui démontrent toutes ces fantastiques caractéristiques de l’huile de coco. Malheureusement, toujours pas de références en vue. Je vais donc m’en tenir à celles que je connais et en particulier au rapport de l’ANSES sur les acides gras. On peut y lire que l’acide laurique appartient à un sous-groupe des acides gras saturés, les acides laurique, palmitique et myristique, qui sont athérogènes en cas d’excès. En gros, ça bouche les artères, et du point de vue santé, c’est pas tip top. L’ANSES recommande de ne pas excéder 8% des apports énergétiques pour ce sous-groupe spécifique.

Quid donc de l’huile de coco? Ma table de composition des aliments favorite, le CIQUAL, ne liste pas l’huile de coco, mais heureusement, on peut trouver sa composition détaillée sur une autre base de donnée tout à fait similaire mais version américaine, la National Nutrient Database.

L’huile de coco contient donc presque 100% de lipides, normal puisque c’est de l’huile. Elle contient entre autres, 42% d’acide laurique, 17% d’acide myristique, et 9% d’acide palmitique. C’est à dire que 68% de ses acides gras sont des acides gras hautement athérogènes.

Pour Diego et ses 2000 kcal, le trio gagnant ne devrait donc pas excéder les 160 kcal, soit 17g. Ces 17 grammes sont atteints avec une consommation de 25 grammes d’huile de coco. Cela suppose encore une fois qu’il n’y a pas du tout d’acides gras du sous-groupe laurique-myristique-palmitique dans le reste de son alimentation, et c’est hautement improbable.

Considérer l’huile de coco comme un aliment miraculeux qui prévient le vieillissement et fait perdre du poids, me parait complètement tiré par les cheveux. Je peine à trouver des études sérieuses qui soutiennent ce type d’affirmation. Au mieux, je lis que l’acide laurique n’a pas d’effet délétère. Mais de là à dire qu’il va soigner la lèpre…

En attendant d’en savoir plus, je vous propose donc la voie du bon sens: l’huile de coco, c’est très très bon, quand on cuisine un curry de lentilles ou dans un gâteau au chocolat. Miam. Mais comme pour les autres matières grasses, un peu et varié c’est bien, trop et tout le temps la même, c’est pas une bonne idée.

  • Les protéines

Si SR cite des sources intéressantes de protéines végétales, elle nous parle également de la complémentarité des protéines végétales et de l’association céréales+légumineuses, notion qui est dépassée. Un très bon article à ce sujet ici, et sa traduction en français .

Une alimentation végétale variée et équilibrée qui apporte suffisamment de calories apporte suffisamment de protéines. Attention toutefois aux alimentations basées principalement sur les fruits et aux alimentations majoritairement crues ou qui excluraient certaines familles d’aliments, notamment les céréales et les légumineuses.

  • L’eau

SR déconseille fortement la consommation d’eau gazeuse pour ses «effets irritants et acidifiants». Je ne suis pas suffisamment calée sur l’équilibre acido-basique et l’indice PRAL pour commenter réellement ce passage mais faisons preuve de bon sens. Il existe une grande variété d’eaux gazeuses et leurs compositions sont extrêmement différentes. En termes purement diététiques, si on ne souhaite pas consommer de l’eau plate, l’eau gazeuse est une alternative tout à fait satisfaisante, surtout face aux autres options de type sodas et autres boissons sucrées.

  • Le calcium

Je suis globalement d’accord avec SR à ce sujet. Le calcium c’est important, la vitamine D aussi. Notons également qu’une alimentation riche en potassium (fruits et légumes), à teneur réduite en sodium (limitant les plats industriels très salés par exemple), et contenant des protéines végétales plutôt qu’animales (pas vraiment problématique pour un végétalien!), entre autres facteurs, permet de limiter les pertes calciques et d’optimiser la santé de l’os.

Plus d’infos à ce sujet, en anglais, mais il existe certainement des équivalents en français:
Plant based nutrition and health, S. Walsh. (listé au moment où j’écris à 108€… Franchement ne l’achetez surtout pas à ce prix-là! Trouvez un stand de la Société Végane, ils en auront sûrement quelques exemplaires à un tarif beaucoup plus normal).
Le point sur le calcium, par The Vegan Society.

  • L’iode

La teneur en iode des aliments est très variable. En particulier pour les algues, cette variabilité importante peut être préjudiciable à la santé, notamment pour les personnes sujettes à des troubles de fonctionnement de la thyroïde. Dans le doute et particulier en cas de pathologie, mieux vaut s’abstenir de ces aliments et se fier plutôt à un complément comme la VEG1, ou aux ingrédients additionnés d’une quantité constante et vérifiée d’iode comme le sel iodé.

  • La vitamine B12

Prenons le paragraphe phrase après phrase (page 24).

«La vitamine B12 est essentielle au corps humain, qui n’est pas capable de la fabriquer et doit donc l’obtenir par des apports extérieurs.» Jusque là on est d’accord.

«des réserves généralement suffisantes pour une durée de trois à cinq ans». Le mot-clé étant «généralement»… A-t-on réellement envie de courir le risque d’un déficit, voire d’une carence, parce que notre végétalisme ne date «que» de deux ans? Tout le monde n’est pas fait sur le même modèle, et si certains iront très bien sans supplément pendant plusieurs années, nous n’avons pas tous cette chance. Donc on ne prend pas de risque, et on se supplémente dès que les apports en produits carnés sont diminués. Eh oui cela vaut donc autant pour les végétaliens, nouveaux et anciens, que pour les végétariens, et même pour les flexitariens, qui mangent encore des produits carnés une fois de temps de temps. Whaaat? Ben oui.

«La vitamine B12 est produite grâce aux bactéries -ou micro-organismes- présentes dans l’intestin (…)» Lequel? Le nôtre? On ne viendrait pas de dire qu’on ne sait pas la fabriquer? Si on en fabrique c’est de toute façon à un stade du tube digestif qui est au-delà des sites d’absorption. Donc à moins de manger son caca, ça ne sert à rien. Prenez donc un petit supplément 🙂

«(…) et à une protéine sécrétée par l’estomac: le facteur intrinsèque.» Le facteur intrinsèque ne fabrique pas de vitamine B12, il se lie à la vitamine B12 qui est présente dans l’alimentation (ou dans un supplément) jusqu’à ce qu’elle soit absorbée… La vulgarisation scientifique, d’accord, la simplification extrême qui devient une erreur, non.

SR aborde également la question des aliments fermentés, qui contiendraient de la vitamine B12. Une petite recherche sur les tables de composition des aliments (CIQUAL et NDB) pour la choucroute, aliment cité par l’auteur, nous indique une teneur en vitamine B12 de zéro. Si la fermentation lactique peut en effet produire des vitamines du groupe B, les aliments fermentés ne peuvent en aucun cas constituer une source fiable de vitamine B12. Donc on se supplémente.

Sont abordées ensuite différentes questions, pour lesquelles je n’entrerai pas dans les détails puisque la société végane française et le site vivelab12.fr, ainsi que le groupe facebook du même nom, le font déjà à la perfection.

    • quelle forme de cobalamine est la plus adaptée
    • les analogues de la vitamine B12
    • les analyses biologiques les plus pertinentes pour détecter une carence
    • les compléments

Voilà qui termine la première partie du livre consacrée aux besoins de l’organisme, aux macronutriments et aux nutriments à surveiller.

Faisons maintenant un tour rapide de la suite de l’ouvrage. Je n’entre pas dans les détails, on y parle de cuisine (avec des recettes), de labels pour reconnaître les produits véganes, ou encore des options végétales les plus accessibles quand on veut manger au restaurant.

3. «Le piège des dérivés animaux»

Dès la première page de cette seconde partie, nous avons un petit encart «Important: Dérivés animaux, les pièges à éviter». Ce paragraphe laisse entendre que l’industrie agro-alimentaire nous cache des choses (sans blague), et en particulier la présence de ces fameux dérivés animaux. Autant je ne suis pas fan de l’industrie et de ses pratiques, autant il y a quand même quelques règles.

Petit rappel de la législation, avec de la grosse définition bien lourde, extraite directement du règlement (CE) No 1333/2008 du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 sur les additifs alimentaires. 

«On entend par «additif alimentaire» toute substance habituellement non consommée comme aliment en soi et non utilisée comme ingrédient caractéristique dans l’alimentation, possédant ou non une valeur nutritive, et dont l’adjonction intentionnelle aux denrées alimentaires, dans un but technologique, au stade de leur fabrication, transformation, préparation, traitement, conditionnement, transport ou entreposage a pour effet, ou peut raisonnablement être estimée avoir pour effet, qu’elle devient elle-même ou que ses dérivés deviennent, directement ou indirectement, un composant de ces denrées alimentaires.» 

(Horrible flashback sur les épreuves de BTS, où j’ai prié très fort tous les dieux de la planète pour ne pas avoir à recracher cette définition tellement horrible à apprendre par coeur… Courage les ami-e-s diets encore en train de bûcher. Ça va le faire.)

Tous les «composants» d’une denrée alimentaire figurent dans la liste des ingrédients. Si ça n’est pas le cas, le fabricant se trouve dans l’illégalité.

Moins connus que les additifs alimentaires, il existe également des substances appelées «auxiliaires technologiques»:

«On entend par «auxiliaire technologique» toute substance: i) non consommée comme ingrédient alimentaire en soi; ii) volontairement utilisée dans la transformation de matières premières, de denrées alimentaires ou de leurs ingrédients pour répondre à un certain objectif technologique pendant le traitement ou la transformation; et iii) pouvant avoir pour résultat la présence non intentionnelle mais techniquement inévitable de résidus de cette substance ou de ses dérivés dans le produit fini, à condition que ces résidus ne présentent pas de risque sanitaire et n’aient pas d’effets technologiques sur le produit fini.»

Les auxiliaires technologiques n’ont pas d’obligation de figurer dans la liste des ingrédients, et il n’est pas obligatoire non plus de mentionner leur utilisation sur l’emballage.

On peut donc en conclure que:

  • un industriel qui utilise de la gélatine de boeuf ou de porc dans ses bonbons gélifiés (Salut Haribo! J’aimerais bien remanger des crocodiles un jour, tu nous en fais des véganes?) le mentionne obligatoirement dans la liste des ingrédients. Si ça n’est pas le cas, et que vous avez un doute sur la composition, contactez le service consommateur, et au pire, contactez la DGCCRF.
  • un industriel qui utilise de la colle de poisson pour filtrer ou clarifier un jus de fruits ou un alcool (Salut Guinness! Alors on en est où de cette bière sans ichtyocolle?) n’a pas d’obligation légale de le mentionner sur l’emballage. Mais il peut tout à fait faire preuve de transparence et mentionner que son produit ne convient aux végétariens (encore rare en France…). Vous pouvez sinon lui poser directement la question: les services consommateurs ont tout intérêt à vous donner une réponse honnête, et si vous n’avez pas de réponse, optez une option certifiée végane.

 

4. La question des produits surgelés

Un point sur lequel je suis entièrement d’accord avec SR, et qui mérite d’être mentionné, c’est l’intérêt des produits surgelés. Par produit surgelé, j’entends de préférence légumes et fruits bruts, plutôt que plats préparés prêts en deux minutes au micro-ondes…

SR nous indique que ces produits ont une valeur nutritionnelle tout à fait adéquate, car les fruits et légumes sont cueillis à maturité et surgelés dans un délai très court après la récolte, ce qui permet de conserver un maximum de nutriments. N’en déplaise aux extrémistes du «tout-frais-ou-rien-le-reste-c’est-de-la-merde». Et en plus, c’est pratique quand on n’a pas eu le temps de faire les courses 🙂

5. Bonus de fin

Je le mentionne parce que c’est mi-drôle, mi-sérieusement pas drôle. J’espère sincèrement que c’est une erreur de tournure de phrase.

Dans un paragraphe intitulé «remplacer le yaourt», page 43, SR écrit que «la fermentation des fruits à coque produit des bactéries lactiques bénéfiques à l’intestin, qui génèrent de la vitamine B12».

Soyons clairs. Les bactéries consomment les nutriments présents dans les fruits à coque et produisent d’autres substances par un phénomène appelé la fermentation. La fermentation ne «produit» pas de bactéries. Les bactéries ne sont pas «créées» par la fermentation: elles fermentent et se reproduisent parce qu’elles sont dans un environnement idéal pour leur existence et leur développement. Franchement, la génération spontanée, c’est archi-daté comme concept! Cliquez sur le lien pour une petite explication niveau collège sur l’histoire de cette merveilleuse théorie, et une fantastique recette pour fabriquer des souris avec des vieilles chemises!
Et évidemment, les yaourts de noix de cajou «faits maison» ne constituent pas une source fiable de vitamine B12.

Conclusion

J’avoue que j’attendais beaucoup de ce petit guide. J’en avais entendu parler avant sa parution en janvier 2016, et j’avais hâte de mettre la main de dessus.

Malgré ce très long article plein de critiques, je trouve que l’ensemble est plutôt satisfaisant. Difficile cependant de savoir si certaines imprécisions viennent du texte original ou de la traduction. Si quelqu’un veut mener l’enquête dans la version allemande, je serais ravie d’avoir leur avis (en particulier sur cette affaire de fermentation créatrice de bactéries… ^^)

En résumé:

  • Points négatifs:
    • Aucune référence. Franchement, c’est nul. Si c’est un oubli de la version française, vivement une réédition, sinon quand même, vivement une réédition avec des références!
    • SR succombe aux sirènes de «l’aliment miracle», en particulier avec l’huile de coco et les super aliments. En vrai c’est juste des aliments super chers. Vous allez juste fabriquer du pipi de luxe, et vous pourriez avoir les même effets avec une alimentation bien équilibrée. A bon entendeur.
    • Informations pas super à jour, en particulier sur cette question de la combinaison des protéines végétales et sur la vitamine B12. N’entretenons pas les mythes qui donnent une mauvaise image du végétalisme!
    • Vitamine B12: allez chercher vos informations à la source, vivelab12.fr est là pour ça.
  • Points positifs:
    • La taille, le prix, les informations synthétiques dans la couverture
    • Des informations nutritionnelles globalement correctes
    • Des conseils, des recettes et des idées tout à fait chouettes pour se lancer dans l’aventure du végétalisme
    • Une lecture plaisante et rapide

Alors on achète ou pas? Oui, à condition de garder un certain recul critique face à un texte qui ne cite aucune source.

Si on veut s’imposer en tant que guide nutritionnel végane de référence, et cela semble être un objectif au vu du titre choisi, il est primordial de fournir des informations de qualité. C’est la santé des personnes qui vont s’y fier qui est en jeu. Par extension, c’est aussi sur l’avenir du véganisme qu’un mauvais guide peut avoir des conséquences. En effet, un végétalien en mauvaise santé n’est pas un bon défenseur de son mode de vie: l’exemple qu’il donne risque d’avoir beaucoup de mal à convaincre d’autres personnes de devenir véganes. De même, un végétalien mal conseillé, qui voit sa santé décliner, peut s’interroger sur la validité de son mode d’alimentation et potentiellement y renoncer, ce qui n’est pas dans l’intérêt ni de la planète, ni des animaux, ni du mouvement végane dans son ensemble.

NB: Attention, en cas de problème de santé, consultez toujours un médecin avant de modifier vos habitudes alimentaires. Les conseils nutritionnels exprimés ici ne se substituent en aucun cas à une consultation en bonne et due forme, que ce soit avec un médecin ou un diététicien. Si vous craignez d’aborder la question de l’alimentation végétale avec votre professionnel de santé habituel, n’hésitez pas à contacter l’association végétarienne de France, qui tient un annuaire des professionnels de santé ouverts aux questions du végétarisme et du végétalisme.

Et c’est la fin de ce premier épisode, avec plus de 4100 mots… J’espère que les suivants seront moins longs, pour votre survie comme pour la mienne 🙂

Merci à ceux qui seront allés jusqu’au bout de cette loooongue lecture! J’espère que cela vous aura été utile 🙂 

PS: Vous avez vu une coquille, des mots oubliés, ou pire, des fautes d’orthographes, des erreurs ou des informations pas à jour? Contactez-moi vite pour que je corrige tout ça 🙂

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3 commentaires sur “Lectures de l’été, #1: le Guide nutritionnel vegan, de Sonja Reifenhäuser.

  1. Merci pour ce décryptage. Je n’ai pas ce livre sous la main, mais je te rejoins en tous points dans tes commentaires, sans pour autant avoir ton bagage de nutritionniste. Je ne suis qu’un simple lecteur, mais en tant que végane depuis deux ans et VGR depuis 3 ans et demi, j’en ai déjà lu pas mal !

    Petite question tout de même : Que penser de l’alimentation frugivore crudivore, qui fonctionne bien, mais qui exclue les céréales et les légumineuses ? Ne devrait on pas revoir la notion de protéines au bénéfice de la notion d’acides aminés essentiels ?
    Exemple de source : http://guidealimentairefrugivore.com/wp-content/uploads/2013/07/Guide-Alimentaire-Frugivore.pdf

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    1. Bonjour, tout d’abord merci pour ton retour 🙂
      Pour ce qui est de l’alimentation crudivore frugivore, je ne connais pas suffisamment le sujet pour en parler avec précision. Cependant, concernant la source que tu indiques, pour moi toute information nutritionnelle liée de près ou de loin à Thierry Casasnovas est à prendre des pincettes. Ses propos sur l’alimentation sont loin de faire consensus.
      En ce qui concerne la notion de protéines VS la notion d’acides aminés essentiels: « essentiels » veut dire que le corps ne peut pas les fabriquer, on les apporte donc par l’alimentation. Les autres acides aminés sont utiles eux aussi, mais non « essentiels » dans la mesure où le corps peut transformer certains AA en d’autres selon ses besoins. Si les protéines, consommées en excès (c’est à dire bien au-delà des 10% recommandés dans ce document) peuvent en effet avoir des effets néfastes pour les reins, dans des conditions de consommation normale (10 à 15% des calories), le corps gère parfaitement bien la production normale d’acide urique. Le paragraphe de ce document sur les protéines est au mieux flou, au pire faux en termes de biologie, de biochimie et de physiologie humaine.
      J’espère que cela a répondu à ta question 🙂

      J'aime

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