Lectures de l’été, #4: Bébé Veggie, Ophélie Véron et Marjorie Crémadès

Bébé Veggie de Ophélie Véron

Pour l’épisode de cette semaine, j’ai choisi de me pencher sur l’alimentation des enfants. Peu importe les choix alimentaires des parents, ils veulent faire au mieux! Et peuvent pour cela se tourner vers différentes sources d’informations, avec des niveaux de fiabilité très variables…

Dans le cas des parents qui font le choix d’une alimentation végétalienne pour leur enfant, malheureusement, il existe encore peu de sources fiables. Beaucoup de professionnels de santé sont prompts à juger ce choix de manière négative, au détriment de ces parents qui peuvent facilement se tourner vers Dr Google pour répondre à leurs questions. Et Dr Google, s’il a quelques bonnes réponses, a aussi tout un éventail de théories farfelues à proposer. Une simple recherche google sur l’alimentation du bébé végétalien vous mènera vers quelques sites intéressants comme celui de l’association végétarienne de France, ou encore celui de la société végane, mais ils sont tous les deux assez loin dans les résultats. Parmi les autres résultats, vous aurez, au choix, des forums (c’est toujours plein d’expertise, j’adore lire les débats engendrés par la mention du végétalisme des enfants, très divertissant, totalement effarant de bêtise, de jugement, et de pseudo-conseils de nutrition à trois francs six sous), ou un certain nombre de sites-magazines à destination des futures mamans et jeunes parents, avec moult conseils d’experts, et les habituelles mises en garde contre ce mode alimentaire.

J’étais donc ravie quand j’ai appris la sortie de Bébé Veggie (février 2016), écrit par nulle autre qu’Ophélie Véron, alias Antigone XXI, célébrité parmi les blogueurs-blogueuses végés.

Au vu de la notoriété de l’auteur et de la présence d’une diététicienne nutritionniste sur l’affaire, j’avais des attentes plutôt élevées pour ce livre, et je n’ai pas été déçue.

Pour commencer, voyons rapidement les aspects purement subjectifs.

Esthétiquement, le bouquin est vraiment joli. Les couleurs sont douces et judicieusement choisies pour mettre les textes et les photos en valeur. Les photos des plats sont très très chouettes, et les petites bouilles des loulous-modèles sont un agréable bonus.

L’éditeur: La plage, sans surprise. Après la déception du guide nutritionnel vegan de Sonja Reifenhäuser, cet éditeur avait perdu quelques galons dans mon petit classement personnel… C’est maintenant réparé, on est à nouveau copains.

L’auteur: Ophélie Véron, alias Antigone XXI. J’avoue que je suis habituellement un peu sceptique quand un blogueur ou une blogueuse se lance dans l’écriture d’un bouquin sur la nutrition. Cependant, vu le soin habituellement porté aux articles de son blog, j’avais tout de même plutôt confiance dans le résultat. Et effectivement, c’est réussi, bien écrit et bien documenté. Et avec l’appui d’une diététicienne nutritionniste, Marjorie Crémadès. J’ai constaté dans la douleur (cf: épisode Mon Cahier Veggie) que ça n’est pas forcément un gage de qualité, mais Marjorie Crémadès est tout à fait à la hauteur 🙂

Passons maintenant au contenu.

Le livre comprend une première partie consacrée à la nutrition, et une seconde partie consacrée aux recettes. Je laisse les parents de petits gloutons se faire leur propre idée sur cette dernière partie, pour n’analyser que la première.

L’objectif du livre est clairement explicité dès l’introduction:

« Comment expliquer un tel décalage entre entre les recommandations des institutions de santé françaises et celles de leurs voisins? S’il est difficile de répondre à cette question, nous pouvons simplement espérer que l’accès à une information claire et fiable concernant la nutrition infantile permettra de faire évoluer les mentalités. C’est l’objectif affiché de ce livre, qui vise à rassurer les parents qui souhaitent élever leurs enfants selon un mode d’alimentation végétarien ou végétalien en leur présentant les bases d’une nutrition végétale équilibrée chez le nourrisson. »

Cette information claire et fiable est parfaitement retranscrite ici: de nombreuses sources, sérieuses, sont citées, comme l’Association américaine de pédiatrie, La Leche League, ou encore des revues médicales comme The New England Journal of Medecine ou Paediatrica.

Après un point sur l’alimentation de la future maman avant la conception puis pendant la grossesse,  on entre dans le vif du sujet: l’alimentation de bébé, en commençant bien sûr par le début, c’est-à-dire le lait.

L’allaitement au sein et l’allaitement au biberon y sont traités avec la même bienveillance, et c’est tellement agréable! Le sujet est une vaste source de débat, en particulier en ligne, donc ce juste retour à la réalité du quotidien est bienvenu: chaque parent fait comme il peut, comme il veut, de son mieux, et tant que bébé mange, peu importe.

Ces deux modes d’alimentation du bébé présentent cependant quelques différences à prendre en compte, et OV les aborde très justement. Par exemple, un bébé nourri au sein peut avoir besoin d’un supplément de vitamine D, tandis qu’un bébé nourri au biberon trouvera la majeure partie de sa vitamine D dans le lait infantile. Quel que soit le mode d’alimentation de bébé, il est fort probable que son médecin ou son pédiatre vous propose une supplémentation en vitamine D, avec un dosage adapté.

OV insiste également bien sur le fait que les laits animaux ou les boissons végétales en briques ne sont pas du tout adaptés à l’alimentation des nourrissons: en l’absence d’allaitement au sein, ou en complément de celui-ci, seules les préparations pour nourrissons sont adaptées! Donc pas question de jouer aux apprentis sorciers en donnant à bébé le même lait d’amande que vous mettez dans votre café, ou en fabricant soi-même son lait. Méga-non.

J’ajouterai que si les préparations pour nourrissons végétales sont hors de votre budget, souvenez-vous de la définition du véganisme: il s’agit d’éviter l’exploitation des animaux, autant qu’il est pratique et possible. Si vous n’avez pas la possibilité d’acheter les préparations pour nourrissons adaptées aux véganes, rabattez-vous sur celles à base de lait animal. Même si cet achat est difficile à envisager, il me semble que c’est le seul choix cohérent à faire pour nourrir votre petit de manière adéquate. C’est transitoire, et bébé grandira bien assez vite pour vous rejoindre dans votre véganisme 😉

Nutriments essentiels chez les tout-petits

Dans ce chapitre, OV aborde les principaux points de vigilance d’une alimentation végétale pour bébé, une fois la diversification entamée.

  • Protéines

Le risque de « surdose », néfaste pour les petits reins encore immatures de bébé, est bien mentionné. Les protéines sont importantes, c’est évident, mais point trop n’en faut pour nos petits. Par exemple pour un enfant d’environ un an, les besoins en protéines sont inférieurs à 20 grammes par jour. La majorité sera apportée par le lait (maternel ou préparation de suite), et le reste par les aliments solides riches en protéines, sur des portions très petites, comme 10 à 15 grammes de tofu.

  • Lipides

Le gras, c’est la vie! Et pour les bébés, c’est aussi le cerveau, les cellules, la croissance, bref, tout un tas de choses qui sont quand même un peu importantes…

Les recommandations officielles françaises placent la dose de lipides pour les 0-3 ans à 45% des apports journaliers. OV nous donne une fourchette de 40 à 50%, qui est propre tant à rassurer les parents paranos du gras que ceux qui doseraient plus généreusement. Entre 40 et 50%, c’est bien 🙂

L’idée est donc de toujours rajouter une matière grasse dans les préparations: par exemple, une cuillère à café d’huile dans une purée de légumes, ou une cuillère à café de purée d’oléagineux dans une compote (attention à ne pas les introduire trop tôt ou en trop grandes quantités du fait du risque d’allergie important: autour de 8 à 9 mois, et commencer par des petites quantités).

La question des apports en oméga 3 est également abordée. Supplémenter bébé en oméga 3 est considéré comme « pas indispensable mais prudent« . A vous de voir donc, si les huiles que vous utilisez au quotidien sont suffisantes (une majorité d’huiles de lin, noix, colza, chanvre, ou encore cameline, utilisées crues), ou si vous préférez assurer les apports de bébé par un supplément. La question du budget peut être décisive: les suppléments d’oméga 3 certifiés véganes peuvent être assez onéreux, alors que les huiles végétales serviront à toute la famille, pour un prix moindre.

  • Fer

Un seul regret sur cette section: les teneurs des aliments cités sont indiquées pour 100g, ce qui, à mon sens, manque de lisibilité (c’est pratique pour comparer les aliments entre eux, mais qui mange 100 grammes de levure de bière d’un coup?). Une indication par portion pourrait être plus parlante et pratique à mettre en application.

  • Vitamine B12

Tout est parfaitement clair et complet. ❤

  • Calcium et vitamine D

Même constat que pour le fer: les teneurs pour 100g peuvent être peu parlantes, même si elles donnent effectivement une bonne idée des sources végétales de calcium.

OV revient également sur l’inutilité d’une supplémentation en calcium. Une alimentation basée sur le lait (maternel ou préparation de suite) associée à une diversification suffisante, couvre tout à fait les besoins en calcium de bébé. En dehors de pathologies très spécifiques qui requièrent une prescription médicale, une supplémentation en calcium peut même être dangereuse.

Pour ce qui concerne la vitamine D, une supplémentation est le plus souvent déjà en place. Si ça n’était pas le cas, parlez-en à votre médecin ou pédiatre, en particulier pour les bébés nourris au lait maternel.

  • Iode

Je nuancerai légèrement ce paragraphe: OV nous parle des algues comme source d’iode. Leur teneur en iode étant particulièrement variable (selon les variétés et les lieux de culture), il serait très aisé de dépasser les doses pour un bébé: attention donc à donner de très petites quantités. Une autre option tout à fait sûre, et citée par l’auteur, est le lait infantile, qui contient de l’iode en quantités adéquates. Sa consommation est recommandée jusqu’à 3 ans, mais si cela n’était pas possible, la VEG-1, complément élaboré par la Vegan Society, contient une quantité adaptée d’iode: de 6 mois à deux ans, 1/4 de comprimé VEG-1 couvrent les besoins, puis 1/2 jusqu’à 12 ans, et un comprimé entier après 12 ans.

Le chapitre se termine sur un tableau qui récapitule les aliments et les âges à privilégier pour leur introduction dans l’alimentation de bébé. On peut noter le choix intéressant d’introduction des légumineuses dès 9 mois, ce qui est tout à fait pertinent pour les petits végétariens et végétaliens, en remplacement de la viande et des produits laitiers. Mais comme pour ces derniers aliments, les quantités à proposer sont très petites: une cuillère à café pour commencer, puis une cuillère à soupe, en particulier pour éviter de surcharger les doses de protéines. De plus, les légumineuses sont très riches en fibres. On peut donc les présenter sous forme de farines ou de flocons pour commencer, ce qui facilitera leur digestion. Mais quoi qu’il arrive, du fait de leur teneur en protéines et en fibres, on reste dans la double nécessité de présenter à bébé des quantités restreintes de ces aliments. Les recommandations françaises préconisent actuellement une introduction beaucoup plus tardive, entre 15 et 18 mois.

Le seul aliment pour lequel je ne suis pas complètement d’accord est le pain complet: OV propose son introduction vers 7-9 mois. Cependant, le pain complet est un aliment très riche en fibres, ce qui le rend particulièrement difficile à digérer pour des enfants si jeunes. Autant leur éviter ces désagréments! Ainsi le pain blanc, de même que les céréales blutées, au moins partiellement, sont tout à fait adéquats en attendant que bébé grandisse.

Voilà qui conclut la partie purement nutritionnelle du livre. Au fil des pages suivantes, l’auteur aborde d’autres questions, comme le cru, le gluten ou le soja. Les informations sont, comme pour le reste, justes, pertinentes et pleines de bon sens 🙂

La deuxième partie est consacrée aux recettes, qui ont l’air fort appétissantes! Même pour les grands enfants… Il se pourrait bien que la crème kokkoh s’invite dans mes ptit-déj’ 😀

Alors, on achète ou pas?

Oui, sans hésiter. Pour les futurs parents, jeunes parents, déjà parents et bientôt à nouveau parents, parents ou futurs parents nouvellement végés, pour offrir aux grands-parents qui s’inquiètent, pour prêter au pédiatre qui vous fait les gros yeux, comme source d’inspiration pour les bons petits plats « fait maison », aucune doute, ce livre est excellent! Et beau! Et pas cher 🙂 Bébé Veggie est une référence à mettre dans toutes les bonnes bibliothèques végétales.

Un grand merci à Ophélie Véron et Marjorie Crémadès pour leur travail de qualité! 🙂

hattip

 

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